DIDIER WAMPAS EST-IL LE GRAND POÈTE DE LA RATP ?

août 10th, 2005

En guise de préliminaire

Jusqu’où peut aller la déformation professionnelle ? Jusqu’à l’écriture d’un hommage philosophique improbable à un phénomène de la scène rock française depuis plus de vingt ans. « Je forme un projet qui n’eut jamais d’exemple » , comme disait Jean-Jacques, et c’est le moins qu’on puisse faire pour parler des Wampas. Ce qui va suivre ne prétend être ni un exposé, ni une étude analytique, ni une annexion réductionniste du phénomène Wampas à une quelconque chapelle philosophique. Cela tient plus de la confession impudique d’une affection singulière. Voici donc un aperçu de la manière dont on peut rationaliser un enthousiasme musical.
La responsabilité en revient, pour partie au moins, aux Wampas eux-mêmes : leur musique donne trop à penser ! C’est une qualité qu’un fameux penseur prussien, casanier mais révolutionnaire, Emmanuel Kant, n’accordait qu’aux œuvres belles, ce qui n’est pas peu dire venant de lui ! Il est certain que les grandes œuvres sont celles dont on ne peut espérer faire le tour facilement, tant chaque nouvelle confrontation tire d’elles de nouveaux échos. Face à une puissance d’évocation telle que celle contenue dans le répertoire des Wampas, on ne peut rester coi. La charge émotive pousserait le plus réservé à sortir du bois en sautant partout.
L’espoir proclamé, pour clore l’album “…Vous aiment”, de « vous donner envie de faire comme nous » ne saurait être une injonction à l’imitation servile, mais bien plutôt à la création pour le plaisir. Le texte qui va suivre est une preuve (malheureuse ?) de la réalisation de ce vœu.

Mise au point liminaire

Faisons un sort, pour commencer, à deux idées reçues sur la poésie. Premièrement, la poésie n’est plus, depuis longtemps, confinée dans le carcan rigide et castrateur de règles et de codes figés, comme on a pu vouloir à tort l’y réduire. Depuis longtemps les règles de la prosodie classique, de la rime riche ou pauvre, de l’octosyllabe à césure ou sans, n’intéressent plus que quelques ayatollahs. Depuis longtemps, la poésie s’est affranchie des contraintes du style académique, faisant fi des formes canoniques. Bien sûr, cette liberté a pu être caricaturée, devenir un truc avant-gardiste à en perdre son âme, mais, ça est là, un souffle véritable est encore perceptible.
Deuxièmement, la poésie n’est plus à chercher dans les seuls livres. On la trouve aujourd’hui surtout dans les bacs des disquaires. L’enregistrement sonore aura eu cet avantage inestimable de permettre au poète de faire exister ses mots dans leur élément originel. Le chant précède le concept, comme la mélodie l’harmonie, c’est une évidence. Soyons lucides, le plaisir poétique contemporain est auditif. La poésie réunit, au sens premier, la langue et la musique. Et notre jouissance nous rappelle que, pour le langage aussi : « sans musique, la vie serait une erreur ». Il y a de la poésie chez Brel, chez Brassens, à n’en pas douter, et dans des formes encore très classiques. Il y en a, pour le bonheur de certains intellectuels à la poursuite de l’époque, dans le rap, qui rime et qui rythme la langue. Il y en a aussi dans le rock’n’roll, y compris dans le genre « punk », auquel on peut rattacher la musique des Wampas.
Voilà qui précise les conditions de notre modeste projet. Pourquoi doit-on tenir un groupe de « punk-yéyé underground » comme des artistes exprimant quelque chose d’essentiel sur la poésie post-postmoderne ? L’idée paraîtra loufoque à certains et à d’autres une réduction conceptuelle. Mais c’est cet entre-deux qui est excitant.

UN PROLETAIRE PUNK PEUT-IL ETRE UN POETE ?

Comme cela aura échappé à beaucoup, notamment parmi ceux qui s’intéressent à la « Poésie », nous voudrions montrer que DW, leader charismatique et parolier du groupe, est poète. Ceci quand bien même il fait montre à cet égard d’une modestie qui en dit long sur le personnage, quand il affirme : « ce matin on m’a d’mandé si j’aimais la poésie, je n’ai rien dit ». Mais après tout, pourquoi pas, puisque selon lui, « il y eu bien un gendarme, qui fut un grand poète » !?
Tout d’abord, ce qui attire l’attention sur certains textes, c’est l’étrange liberté thématique, syntaxique et lexicale qui s’y déploie. Jusqu’à inclure comme une dose d’improvisation dans certains titres. DW n’hésite pas à transgresser les règles et les usages au gré de son humeur. Il subvertit, pour s’en moquer, les codes implicites de l’écriture des chansons. L’influence du rock anglo-saxon semble avoir eu pour effet d’évacuer le souci de cohérence rationnelle de l’élaboration des textes. Ces derniers prennent délibérément le public cartésien français à rebrousse poil, qui parlent pour ne rien dire et parfois en différentes langues. Nul besoin de se demander : « mais qu’est-ce que ça veut dire ? ». Tout simplement parce que, la plupart du temps, ça ne VEUT rien dire. Il n’y a pas de message, pas de leçons à copier dans le cahier du Roi. Il s’agit juste de se laisser surprendre par l’excitante liberté du langage et l’inventivité qui en résulte. La transgression des codes et des genres permet de brouiller toute esquisse de signification claire dont l’expression pourrait être la finalité de la production des disques. Le contenu, d’une désarmante simplicité, de textes plus convenus du point de vue formel , confirme cette opinion. Flaubert voulait « écrire un livre sur rien » ; DW fait des chansons sur presque rien. Mais un rien qui est tout.
Tout, parce que ne dépendant d’aucun message défini, limité, voire étriqué. Il y a poésie, car il n’y a pas de message. C’est la langue, pour parler en philosophe, qui tient le haut du pavé, et le chant est sa raison d’être. C’est le jeu avec les mots qui prime, non pas la signification qui en résulte. La valeur expressive importe plus que l’idée véhiculée. DW ne cherche pas à communiquer, mais à affecter ; avec ses mots, il ne cherche pas à faire savoir, mais à émouvoir. Non pas d’ailleurs que ses textes soient dépourvus de sens, au contraire. Pour comprendre cela, il faut distinguer (avec les philosophes, dont c’est la manie) signifier et avoir du sens.
Signifier désigne le fait, pour un mot, de renvoyer à une chose ou une idée, lexicalement définie, hors de lui-même. Le mot est alors comme transparent, il ne compte pas en tant que suite de sons. Ce qui compte, c’est l’idée qui lui est habituellement associée. L’attention se fixe au-delà des mots. Tandis que le sens est enfermé dans le signe par le poète, il lui confère une nouvelle aura. Le propre du poète, c’est de réactiver le sens potentiel contenu dans les mots aux sonorités desquels nous ne faisons pas attention. Le sens des poèmes se déploie donc dans l’espace épais, étrange et profond de leurs mots redevenus comme des choses, non dans celui, linéaire et plat des discours. On pourrait dire que le poète nous rappelle au bon souvenir du langage et de ses trésors cachés.
Ceci pour bien montrer que les textes des Wampas ont d’autant plus de sens qu’ils sont dépourvus de signification univoque. En bref, on y met ce qu’on veut. Ce qu’ils perdent en signification conceptuelle, ils le gagnent en contenu poétique. Et en désengageant leur art de l’ornière des chansons bavardes, ils nous rappellent que l’art n’appartient qu’à lui-même. Que s’il doit être inféodé à quelque chose, c’est seulement au plaisir qu’il provoque. Comme le soulignait Céline, à l’opinion duquel on ne peut se fier réellement que sur la question de l’art et du style, si on cherche des idées, on n’a qu’à ouvrir une encyclopédie . Ce qu’on attend de l’artiste, au contraire, ce sont des textes émouvants, qui font rêver. Et ceux de DW sont précisément semblables, parfois, à ces « paroles peintes » que sont les mots du poème selon Paul Eluard. À ce propos, ne chante-t-il pas : « si j’étais peintre, je n’dirais rien, et ça n’me gênerait pas, ma langue serait un p’tit pinceau, pas d’argent dans mon dos » ? En somme, notre poète est un coloriste des mots dont il n’est jamais sûr qu’ils soient toujours « valables » .
C’est l’hésitation excitante entre le son et le sens qui génère la puissance suggestive des textes. À tel point que, chez les Wampas, on atteint par endroits le but que Mallarmé fixait au poète : « donner un sens nouveau aux mots de la tribu » . Ceux de notre tribu grégaire, bien sûr, qui subissent le souffle régénérant de celle, nomade, des Wampas dévastateurs. On est saisi devant des textes dont la fraîche simplicité s’accompagne d’une telle force d’évocation. Pour reprendre Kant, cela ouvre à beaucoup de pensées, sans que l’on sache précisément à quoi ! Mais peu importe, car on éprouve alors ce sentiment si précieux d’une «universelle communicabilité de l’état d’âme » que le philosophe attribuait au contact des belles œuvres. On ressent le besoin de partager un enthousiasme musical avec la certitude intime que l’on sera compris de tous. La surabondance de pensées et de sentiments qui résultent de l’écoute de cette musique nous ouvre davantage aux autres. L’objectif n’étant, une fois encore, pas de tomber d’accord sur la valeur d’un message, mais de partager ensemble l’effet produit par la musique sur la sensibilité et les facultés de chacun. C’est pourquoi on peut avoir l’impression d’entrer, avec les Wampas, dans un univers original.
Un univers qui fait la part belle à l’imaginaire et aux rêves de chacun, affranchi des contraintes logiques du réel. D’ailleurs, DW peuple souvent ses chansons de personnages de contes : la fée clochette, petit Jean… , ce qui induit le passage dans une autre dimension. Tout se passe, en effet, comme si les Wampas étaient des passeurs de frontière, à cheval entre réel et imaginaire. Leur prouesse : magnifier la réalité. Ils sont comme le creuset où se produit une certaine alchimie entre le prosaïque et le féerique. Le matériau de base de la plupart des textes est constitué par de banales anecdotes, des bribes de phrases anodines, de micro événements singuliers quasi insignifiants, mais qui acquièrent une dimension extraordinaire à travers leurs chansons. Les textes produisent le miracle de la transsubstantiation de la banalité, ce qui est le propre des poèmes. En restant volontairement énigmatique, en pratiquant l’ellipse ou le collage, en se focalisant sur l’inaperçu, le normal, DW crée un univers singulier. Il sait, du reste, que l’imaginaire se nourrit du réel et que le poétique ne peut en être déconnecté. Il y a chez lui, comme il le répète dans ses interviews, une volonté de rester enraciné dans le sol modeste qui nourrit sa créativité. En conservant son emploi à la RATP, en cultivant le décalage par rapport à la scène musicale en général, en tant que père de famille également, ou par le contact simple qu’il entretient avec son public, on aperçoit un certain désir de rester fidèle à soi-même tout en créant une vie originale. Les deux pieds bien sur terre, DW accède et nous fait accéder pour le plaisir à une surréalité onirique et céleste. C’est pourquoi, on peut le considérer héritier de celui en qui Gainsbourg « entrevo(yait) un passeur de rêves », c’est-à-dire Charles Trenet.
Il y a chez lui la même sensibilité aux petites choses du quotidien. Le plus bel exemple étant sans doute, de ce point de vue, Le Costume Violet , qui insiste sur l’intensité joyeuse du sentiment qui l’habite face au spectacle des mille et une « couleurs de la terre ». Rarement, pareille émotion est aussi communicative qu’ici. C’est, encore une fois, que DW rappelle la beauté profonde des choses les plus simples. Il nous réapprend à voir ce que nous avons sous les yeux en permanence. Il brise les « schèmes sensori-moteurs », pour parler comme Deleuze, qui organisent nos perceptions dans l’urgence pragmatique de la vie quotidienne. En cela il nous permet de jeter, avec lui, un regard neuf sur les choses. Ce qui est bien le propre de l’artiste : « voir les choses comme s’il les voyait pour la première fois. Il faut voir toute la vie comme lorsqu’on était enfant » . La comparaison semble convenir parfaitement pour qualifier l’univers des Wampas. Il est évident que le regard que pose DW sur le monde est un regard espiègle d’enfant. Un enfant qui aime jouer, taquiner les choses, et pour qui tout est léger, amusant et en attente de sens. Il y a évidemment une dimension naïve, au sens premier, dans ses chansons. Elles permettent de renaître au monde en se délestant du bagage des habitudes rationnelles. Comme dans ce passage où il évoque la folie de l’envie de solitude : « J’ai continué à boire / jeter des pierres du haut de la forêt / manger des fleurs et des berlingots / voir de la neige être enfin tout seul / Le casino et danser un slow / mais je ne sais pas, pourquoi moi ». On n’a pas affaire au regard sérieux et inquiet des grandes personnes qui évaluent le poids des choses. Au contraire, « c’est facile de s’moquer ! » nous dit DW, qui ne s’en prive pas, et jamais méchamment. L’humour de l’esprit libre est comme une marque de fabrique des Wampas, il n’y a qu’à écouter leurs tubes : « Manu Chao » ou « Les bottes rouges ». Rien ne peut prétendre échapper a priori à ce regard démystificateur de nos catégories d’adultes. Ce qui nous est offert, c’est un voyage au pays merveilles, dont DW serait le « lièvre blanc » (!). En maître de cérémonie, il invite son public à un joyeux défouloir lors des concerts du groupe. De manière tout aussi efficace, d’ailleurs, qu’un Iggy Pop à qui on peut le comparer sans crainte.

LES WAMPAS SONT-ILS DES PERFORMERS ?

Car les Wampas sont avant tout un phénomène scénique. Leur longévité - le groupe existe depuis 20 ans malgré une audience qui n’est pas celle des groupes commerciaux - doit beaucoup à leurs performances en concert. L’efficacité des riffs de guitares saturées et l’engagement massif de la rythmique sont déterminants. La maîtrise musicale de la tribu wampas dresse le décor d’un univers infailliblement ludique où l’évolution scénique survoltée de DW est, si l’on peut dire, inouïe : sans cesse bondissant et hurlant d’un côté l’autre de la scène, comme pour recueillir quelque chose qui le surpasse et le nourrit. Sans doute en provenance du pogo furieux qui rassemble des spectatrices et spectateurs de tous âges et de tous les milieux au pied de la scène. On est ébahis par le déluge de décibels et de bonne humeur qui déferle où que les Wampas se produisent. Les plus petites salles sont gâtées par un déferlement d’énergie toujours à son maximum. Ce qui s’entend sur les enregistrements live, bien sûr, mais aussi en studio. Car le chant et la musique sont, répétons-le, absolument indissociables des textes.
La puissance émotive de ces derniers résulte, pour bonne part, de la conviction avec laquelle ils sont chantés par Didier. Il y a, de ce fait, une dimension théâtrale essentielle chez les Wampas. Didier Wampas, en plus d’être le nom de plume de Didier Chappedelaine, est le personnage, le «mask » pourrait-on dire, de son auteur. Et ses textes semblent comme écris pour êtres joués, pour être hurlés à l’adresse d’un public. D’où leur force d’évocation énorme sur scène. On pense alors à ce que disait Paul Claudel sur l’univers théâtral comme étant un univers de langage, réel mais d’essence verbale. On sait qu’au théâtre, la pièce n’existe que dans le souffle des acteurs qui ont à charge de lui donner corps. On sait que c’est là que réside la miraculeuse difficulté de la représentation : donner sa chair à un squelette de papier. De même dans le cas des Wampas. La vie des textes réside pour beaucoup dans la conviction et la sincérité avec laquelle ils les font exister. S’ils ont une âme, c’est le chant et la musique qui la leur insuffle assurément. On touche du doigt cette conviction à l’écoute du magnifique : « j’y crois » , où elle confine à la foi (dans son intensité, son absoluité et sa folie amoureuse). Une conviction qui s’entend aussi dans la manière si particulière de chanter de DW. D’aucuns diront qu’il chante faux et lui dénieront la qualité de chanteur. Soit. DW n’est pas « chanteur », il est le poète du spectacle total. Il est le Wagner des prolos. Faut suivre !
Et pour s’en convaincre, il suffit de penser au moment si particulier que constitue, en concert, le titre « C’est Noël ». A tout moment de l’année, les Wampas sont capables de créer l’atmosphère magique du Noël de l’enfance. Leur musique ressuscite la fête de la lumière, par-delà l’interprétation essoufflée du christianisme ; On se surprend à se souvenir de ce qu’il n’aurait jamais dû cesser d’être, le Noël païen originel, un moment intense de joie collective. On s’y croirait ! Et c’est DW qui nous en persuade. L’espace d’une chanson, la magie opère, comme un instant de grâce offert au public : « rien n’est plus vraiment pareil ». On ne peut pas ne pas être ému et interloqué par un tel prodige où quelque chose d’important nous est donné. À cet instant, la force du spectacle nous propulse dans une autre dimension.

LES WAMPAS SONT-ILS POSSEDES PAR LES DIEUX ?

Car au fond, c’est aussi cela, les Wampas : la capacité de faire entrevoir l’envers du décor (sans nécessiter l’usage de stupéfiant d’aucune sorte). Il y a, pour nous, une dimension que l’on pourrait qualifier de métaphysique dans leur œuvre. Expliquons-nous.
Tout d’abord, on est surpris de constater de multiples références à caractère religieux dans les textes. Pourtant les Wampas sont tout sauf un groupe de bigots intégristes et prosélytes. Qu’est-ce à dire ? Comment comprendre la présence de cette thématique, à une époque où notre tâche serait plutôt de prendre conscience de la « mort de Dieu » , où les religions instituées, sont, chez nous, en perte de vitesse, et ont, de surcroît, facilement tendance à assimiler le rock au satanisme ? Évidemment, il n’est pas question de militer pour telle ou telle chapelle. DW semble plutôt se servir du vocabulaire et des références religieuses pour signifier sa propre soif d’idéal, de pureté, de dépassement. En effet, si on peut parler, avec précautions, d’une religiosité sensible chez les wampas, elle se situe davantage dans l’invitation au dépassement de soi, à la libération de l’énergie, que dans une quelconque aliénation idéologique. Pour parler comme Bergson, on est du côté de la « religion dynamique », et non pas «statique » . C’est pourquoi, la ferveur du public en concert donne lieu à des scènes qui s’apparentent à une communion, au sens fort du terme, entre les artistes et leur public. Un même enthousiasme les réunit. On peut dire que la salle prend véritablement part au spectacle sous l’impulsion de DW qui s’y jette ou s’y déplace sans cesse pour faire son show. On sent une tension intense vers quelque chose d’essentiel, de durable, d’infini dans de nombreux textes, qui unit le groupe et son public.
Il y a comme un élément mystique qui peut se rapprocher du sentiment d’unité avec la totalité telle qu’on la trouve chez Spinoza. Comment ne pas penser au philosophe de la nécessité en écoutant « Quelle joie le rock’n’roll » ? Spinoza définit la joie comme « passion par laquelle l’esprit passe à une perfection plus grande » , c’est-à-dire comme un sentiment qui résulte de l’augmentation de ma puissance d’agir. La joie est sentiment de puissance, de liberté, d’unité avec le monde. C’est le contraire de la peur comme « passion triste » qui est sentiment d’une diminution de notre être. Or, c’est cette joie, qui accompagne une impression de libération, que la musique des wampas nous procure : « Celui qui n’a plus peur d’hier / et plus peur de demain / j’avais peur et tu es venu me sourire » . Avec Spinoza, on comprend aussi que la référence religieuse peut exprimer le fait que la plus grande joie est « amour divin ». Non pas amour d’un être transcendant, mais amour universel, amour de notre monde puisque « deus sive natura » . La joie dégagée par le rock des wampas (qui « n’est pas la musique du diable » !) a certainement des accointances avec celle du grand esprit libre de Hollande. Une même joie les réunit, en marge de toute religion établie, qui nous réconcilie avec le monde tel qu’il est. Offrir au public des moments de cette joie cathartique est l’objectif prioritaire du « fou chantant » du rock.
DW ne prêche donc rien, il communique la joie de s’ouvrir aux autres et aux petites choses du monde. Rien de plus, mais rien de moins. Et si le répertoire témoigne, par endroits , d’une sensibilité au problème du désarroi de l’individu moderne « condamné à être libre » ce n’est pas pour jouer au moraliste. Simplement, dans une actualité où les repères manquent d’évidence, où pointe une incertitude parfois angoissante concernant l’avenir, on peut trouver chez les Wampas une énergie communicative et un appel d’air pour aller de l’avant sans se replier sur soi-même : « dans le vol à voile faut être ouvert / c’est comme ça pour tout, si tu te laisses aller, tu finiras par terre / et les anges dans leurs mains, viendront te rattraper / sans même qu’il soit besoin de le leur demander » . Il s’agit de « ne jamais se renfermer / s’ouvrir de plus en plus grand / et apprendre à flotter en haut / tout en haut, tout en haut » . Un puissant désir de courage et d’espérance s’exprime, comme une volonté d’ouverture. En somme une envie « d’être moins con » , moins petit, moins mesquin. Il n’y a donc rien de religieux (au sens habituel) ici, si ce n’est la quête de dépassement, de plénitude, d’infini qui nous habite tous, nous autres êtres humains. Il n’y a rien d’autre, dans le « ciel » que DW ne cesse d’invoquer, que des milliers d’« étoiles » et de « poissons ». Aucun Dieu orthodoxe particulier ne réchauffe nos cœurs, sinon le « soleil » des religions animistes. Encore une fois, c’est l’immanence qui semble faire signe vers une transcendance, c’est le commun qui est extraordinaire, ce sont les petites choses qui contiennent l’infini pour DW. Et parvenir à le montrer tient du prodige.

DW DIT-IL LA VERITE ?

Là est peut-être la raison fondamentale de la fascination que les Wampas peuvent exercer sur le philosophe. Il peut y reconnaître le dessin de sa propre quête. Le philosophe, comme le dit bien Platon, n’est pas le sage, mais l’amoureux de la sagesse, le chasseur perpétuel d’un savoir qui ne cesse de le fuir. Une quête qui semble ici résumée : « il y a un sens à toutes ces choses, oui dans ma vie, tout a un sens » . Le philosophe ne peut qu’être plus particulièrement touché par des chansons comme « L’Eternel » ou « Tout comprendre » et par les multiples allusions à une soif d’idéal, qui émaillent de nombreux textes. Ainsi que par cette curiosité pour les choses et la capacité d’étonnement quasi naïf que nous évoquions, et dont on sait depuis Aristote qu’elle est la vertu initiale du philosophe. Les affinités sont telles qu’on pourrait aller jusqu’à faire entrer les Wampas dans le fameux débat philosophique de la vérité artistique.
Pour resituer les enjeux en quelques mots, on peut dire que, dès l’origine (avec Platon), le philosophe n’a cessé de jeter sur l’artiste un regard méfiant et quelque peu jaloux. Les tendances totalitaires de la philosophie ont vu un danger dans un art indifférent à la vérité. Autrement dit, la philosophie en tant que réflexion universelle a toujours cherché à soumettre les œuvres d’art au critère de la vérité. Par exemple, Hegel, penseur allemand post-Kantien, inféode totalement l’art à l’esthétique, l’œuvre au discours sur l’oeuvre. Ce qui compte dans une oeuvre, c’est la signification qu’elle recèle de manière plus ou moins claire. L’esthétique désigne alors une partie de la philosophie, apparue au XVIIIe siècle, qui se préoccupe de décider en fonction de quels critères une œuvre peut être dite belle ; ce qui distingue le chef-d’œuvre de l’oeuvrette en fonction de sa valeur rationnelle. Autrement dit, pour avoir de l’intérêt, une œuvre d’art doit révéler confusément ce que seul le philosophe peut dire clairement. Une vérité unique, La Vérité, apparaissant progressivement en passant d’une activité humaine à une autre.
C’est cette vision des choses qui nous semble devoir être abandonnée aujourd’hui . Il s’agit pour le philosophe d’apprendre à mieux respecter l’autonomie de l’art. L’art ne manifeste aucune Vérité. L’art est d’abord le support d’une jouissance désintéressée pour le public. Pour déceler quelque chose dans l’œuvre, il faut en briser irrémédiablement l’unité. Le geste qui prétend parachever l’art en révélant sa vérité ne fait rien d’autre que le tuer, c’est-à-dire l’achever au sens propre. S’il y a quelque chose qui réunit des femmes et des hommes autour de l’œuvre, ce ne peut être une vérité d’ordre conceptuel. L’Aletheia, terme grec pour dire l’idée de vérité signifie dévoilement, découvrement, mise à jour de quelque chose de caché. Or, le propre de l’art, c’est de ne jamais mettre à nu l’essentiel. Ce qui se manifeste dans l’art se montre pudiquement, demeurant en retrait, comme caché et dissimulé dans l’œuvre elle-même. C’est à cette condition que l’essentiel est préservé. On se lasse très vite, en effet, des chansons transparentes, quel que soit leur message. Il en est des choses essentielles comme des choses trop bien éclairées : leur évidence aveuglante les occulte au regard. Pour admirer le soleil mieux vaut le dissimuler derrière l’écran de lunettes telles que celles arborées par DW sur la pochette de Kiss !
Au-delà de la plaisanterie, on comprend mieux la dimension métaphysique que semble prendre l’amour (souvent associé au soleil, au ciel, ou aux étoiles) chez les Wampas. « Pourquoi les chansons parlent-elles toujours d’amour / c’est un sujet inabordable » , dit Miossec dans une de ses chansons. Remarque on ne peut plus sensée tant le sujet est érodé et prête le flanc à l’expression de poncifs éculés. Nul autre thème n’exige autant que lui d’être préservé de l’air libre. Exhiber l’amour au grand jour, c’est, quasi assurément, lui enlever toute authenticité. L’amour est comme les vieux papiers qu’il faut protéger de la lumière. Un amour visible de tous, compréhensible de tous, ne peut qu’être une caricature figée, un « lieu commun », c’est-à-dire « l’infini mis à la portée des caniches » . L’amour, c’est trop précieux : « Je touche ta main / je ferme les yeux / Je ferme la bouche / Et puis les oreilles / c’est trop précieux / Pour que j’en parle / C’est bien trop précieux / Mais j’en parle quand même » .
Parler d’amour chez les wampas c’est assumer ce paradoxe : exposer l’intime. La quadrature du cercle, autrement dit. C’est tenter de faire voir les poissons au fond de l’océan du ciel, alors que d’ordinaire, on ne voit que des algues ou des poissons morts à sa surface . Les wampas rendent profonde leur superficialité. Bien que fixé dans des textes, l’amour dont parle DW semble d’une authenticité, d’une fraîcheur et d’une nouveauté vivifiante. Encore une fois, il réside dans la grandeur des petites choses : « une p’tite fleur sur la ch’minée, c’est l’amour… » ; Il a l’innocence du sentiment enfantin : « ne dis pas aux copains », « petite fille ». Il a quelque chose des émotions puissantes et indéfinies que l’enfant préserve du regard d’autrui sous un comportement bagarreur ou désintéressé. C’est à ce prix que ce que l’on entrevoit nous semble si réel. C’est en dissimulant ce que l’on veut montrer que le désir est excité et que l’objet prend corps. DW évite magistralement l’écueil de la chanson d’amour médiocre en ayant le courage d’aller le chercher où il se trouve, à l’état brut, quitte à faire sourire les prétentieux : dans les pensées, les actes et les rencontres de tous les jours. À mille lieux de toutes les chansons d’amour convenues. Qui trop embrasse mal étreint. Sans jamais en avoir l’air, les Wampas subliment l’amour. Ils n’ont ce pouvoir que dans la mesure où ils s’en moquent. C’est leur détachement qui permet au noble sentiment de vivre dans leurs chansons. À la fois simples et abracadabrantes, servies sur une musique d’une agressivité stimulante, elles sont l’écrin idéal qui renferme de purs joyaux sentimentaux.

LES WAMPAS ONT-ILS INVENTE LE ROCK’N’ROLL ?

Cela nous rappelle la métaphore du Silène, employée jadis par Platon pour évoquer la nature contradictoire de Socrate, son maître. Un silène est une sorte de petit statue peu engageante de l’extérieur, mais qui recèle en ses flancs un trésor. Ce qui fait penser qu’il faut se méfier des apparences. Mais peut-être pourrait-on aussi lire cette métaphore comme l’affirmation que ce qui est grand est, en soi, contradictoire. Que la contradiction n’est pas négative ou anecdotique.
En ce qui concerne les Wampas, par exemple, elle est même essentielle. En la maniant savamment, ils parviennent à produire quelque chose de tout à fait original, unique et pour tout dire inclassable. D’aucuns qualifient leur style de « punk-yéyé », ce qui est déjà monstrueux en soi. On les classe parmi les groupes punk-rock de la scène alternative française, ce qui laisse prévoir des épanchements néo-nihilistes, mais leur violence est contrebalancée par un romantisme échevelé. Leurs embardées du côté de la variété sont toujours bien venues : Dalida, Patrick Juvet, Johnny…, quoiqu’ils restent relativement en marge de l’industrie du disque. Bref, on est admiratifs de voir fonctionner un tel pot-pourri d’influences. Au point que l’on se demande si ce n’est pas cela qui fait la vie des Wampas depuis si longtemps. Hegel, encore lui, disait qu’ « une chose n’est vivante qu’en tant qu’elle renferme une contradiction » . Il voulait dire par là que ce n’est que dans la mort que l’être coïncide avec lui-même. Le repos c’est la mort et la vie est mouvement. S’il y a mouvement, c’est parce que l’être est en quête de quelque chose lui faisant défaut. La vie implique le changement. La vie humaine se comprend comme une quête de soi-même, de ce que nous ne sommes pas encore et tendons à devenir. Coïncider avec soi-même, n’avoir plus rien à devenir, être dans la plénitude, ne plus devoir changer, c’est être soit Dieu, soit mort. La vie implique donc son contraire. Comme Céline le suggère : faire « danser la vie » nécessite d’« avoir assez de musique en soi » pour lutter contre la mort. Devenir, c’est construire du neuf en détruisant de l’ancien. Le changement est unité du positif et du négatif, pour parler comme Hegel. Tout ce jargon pour en venir à un point essentiel : l’œuvre des Wampas est comme un être, vivant de ses contradictions.
C’est ce qui fascine et séduit : une part de mystère qui la rend concrète. Comme nous tous, elle est pétrie de contradictions. À la fois clinquante et sombre, superficielle et profonde, agressive et douce, cynique et romantique, simple et élaborée, joyeuse et désabusée. Tantôt légère et tantôt sérieuse, cette musique est celle d’un punk qui rejette le No futur. Tout y est toujours en perpétuelle remise en cause, comme dans la vie. À une chanson qui stupéfie la Raison, comme l’Eternel, répondent le déchaînement passionnel de « Yeah, Yeah » ou « Tataratata ». On approche ce chaos qu’il faut avoir en soi, selon Nietzsche, pour « accoucher d’une étoile qui danse ».
Car, plus que telle ou telle chanson isolée, c’est l’ensemble du répertoire qui importe du point de vue de la vie poétique. Les chansons interagissent de telle sorte qu’elles prennent sens les unes par rapport aux autres. Leur coexistence les enrichit. Les 8 albums et autres productions diverses forment un tout, comme une œuvre unique qui évolue et se développe. Un même esprit semble y être à la recherche d’une manière de s’exprimer. C’est ce qui rend extrêmement attachante la liberté sincère et sensée qu’elle manifeste. On a tout simplement affaire à un style rock novateur.
Le style peut se définir comme un « développement, un ensemble cohérent de formes unies par une convenance réciproque, mais dont l’harmonie se cherche, se fait et se défait avec diversité » . Autrement dit, une production sans style est hétéroclite, manque d’unité et change de figure au gré des vents. Ce qui n’est pas le cas de celle des wampas qui finit par porter une signature évidente. Rappelons que le mot même de style provient, de même que stylo d’ailleurs, de l’antique instrument destiné à écrire sur les plaques d’argiles en y imprimant une trace caractéristique. Le style est comme la marque de fabrique, la signature symbolique de l’auteur sur son œuvre, son sceau. C’est aussi ce qui donne une valeur (pas seulement marchande !) à l’oeuvre et lui permet de durer. On sait que l’art en général peut être envisagé comme une tentative pour créer quelque chose qui dure, échappe au temps et à l’oubli. On sait aussi que c’est là un privilège rare. Quand le style devient cette « qualité supérieure de l’œuvre d’art, celle qui lui permet d’échapper au temps, une sorte de valeur éternelle » , le défi est surmonté. De ce point de vue, l’histoire seule est juge. Il serait présomptueux de prédire quelle sera la trace des Wampas dans l’histoire du rock et de la musique. Mais disons, pour en finir sur cette question du style, que la reconnaissance de l’époque n’est pas la condition sine qua non de son importance. Cela, l’histoire de l’art le montre plus qu’évidemment.

DW EST-IL GENIAL?

Plutôt que de tenter de lire dans les astres, il serait intéressant de se pencher sur l’aspect créatif des Wampas. Notre terme de « poésie » a pour racine le grec « poïesis » qui était un concept générique pour désigner toute production d’œuvre. La modernité l’a réservé plus particulièrement à l’activité créatrice des beaux-arts. Parler de création, c’est insister sur l’aspect novateur de l’œuvre générée. On préfère parler de production pour ce qui est reproductible et standardisé. L’œuvre d’art est unique et originale. L’artisan ou l’ouvrier sont des producteurs, l’artiste un créateur. Selon nous, la dimension proprement créative du groupe est indéniable. Il nous semble même que DW réactive la figure du génie créateur de l’époque romantique : celui qui crée, visité par les muses, en état d’enthousiasme et sans règles préétablies. Il y a quelque chose de spontané dans le travail de DW, qui avoue créer ses textes très rapidement, instinctivement, qui fait penser à cette image romantique du génie. On l’imagine volontiers inspiré et libre quand il écrit. Ce qui le rapprocherait même quasiment des artistes autodidactes d’origine populaire de l’art brut.
La conception romantique de la création est, bien sûr, idéale en ce qu’elle ignore volontiers le travail parfois pénible et les doutes récurrents des artistes - ce qui lui donne quelque chose de l’image d’Epinal. Nietzsche s’en moque d’ailleurs si férocement et avec tant de justesse , que l’on ne peut pas ne pas manier le terme de génie, qui lui est associé, avec précautions. En ce sens, hisser DW sur le piédestal du génie serait une outrance dont la provocation ne manquerait pas de jeter le discrédit sur tout ce qui vient d’être dit, en plus que d’en faire hurler de rire plus d’un . Mais considérons un instant que le terme de « génie » n’a pas son sens restreint à l’acception que l’on pourrait dire kantienne . Si l’on nous permet une étymologie de plus, la dernière, le génie renvoie au latin « genus » et « generis », c’est-à-dire à l’idée de création spontanée, qui a donné entre autres termes notre « générosité ». Or, s’il y a quelque chose de génial chez DW c’est sa générosité.
Elle est sensible au plus haut point sur scène. L’énergie déployée tous azimuts témoigne d’une réelle surabondance d’être qui devient perpétuelle dépossession de soi. Rarement le terme de don de soi n’aura été plus à propos : sur scène, les wampas se donnent sans retenue. DW semble s’offrir à son public, les bras ouverts et les yeux clos. On sent une présence scénique totale du groupe. Et l’absence évidente d’arrière-pensées leur procure une liberté extraordinaire. Ce qui justifie le choix de DW de ne pas vouloir faire de la musique son unique gagne-pain. Plusieurs titres confirment cette générosité désintéressée. Dans « Vie, mort et résurrection d’un papillon » : « un matin je n’serai plus là / Et personne ne s’en apercevra / mais pour moi rien n’a changé / je continuerai à voler, à butiner, à m’amuser / pour l’éternité… ». Ou encore dans « DW » : « même si un jour / il n’y a plus personne / pour crier son nom dans le noir / le soir / oui Didier Wampas / restera à sa place / seul sur son bloc de glace / pour ton sourire… » . L’expression et le don de soi sont inconditionnés, absolus : ils ne sont pas subordonnés au succès ou à la reconnaissance admirative. Cela semble suffisamment extraordinaire pour mériter d’être souligné. On touche du doigt la vraie générosité, celle, si exceptionnelle, qui n’est pas condescendante, qui ne cherche pas à obliger autrui, qui ne vise pas avant tout à embellir l’image de soi. « Non Didier Wampas n’a plus rien à prouver/ plus rien à espérer / sauf ton sourire ».
N’allons tout de même pas jusqu’à prêter à DW quelque chose de surhumain. Nous ne disons pas que les Wampas refusent le succès. Bien au contraire. Mais leur attitude face au récent succès de « Manu Chao » est symptomatique. Ils semblent le considérer sainement, à sa juste mesure, comme si la réussite n’était que le supplément contingent de leur travail, non sa finalité première. Sans être en porte-à-faux, comme ces chanteurs alter mondialistes dont l’appartenance aux multinationales du disque provoque une mauvaise conscience qui prête à sourire. Au contraire, le retour du public semble nourrir le groupe. Tout se passe, en concert, comme si DW rendait en permanence l’amour que son public, déjà, lui rend, dans une sorte de joyeuse communion musicale. Au lieu de capter jalousement la reconnaissance débordante de ses inconditionnels, il s’en nourrit pour créer, en grand alchimiste, en catalyseur d’une réaction explosive. Là est le secret de sa générosité. Il suffit de constater, par exemple, combien il est ouvert et disponible pour son public sur le site internet wampas.com ; on peut aussi admirer comment les fans montent sans arrêt sur scène pour danser et se jeter dans la fosse, tandis que DW a pour habitude de chanter parmi eux, dans la salle ; mais il faut surtout le voir descendre de scène pendant de longues minutes pour aller embrasser les spectatrices et les spectateurs, en guise de remerciement, alors que ses comparses font tourner la boucle du fameux « Kiss ». Avec cela on aura une petite idée de la raison pour laquelle « Didier Wampas est le Roi » !

DW EST-IL LE ROI ?

Au-delà de la boutade moqueuse, et nous en terminerons par là, on peut se demander pourquoi ces paroles ne nous semblent pas si insensées. Au risque de paraître absolument naïfs, quand on connaît la fin du texte : « non, il n’a pas peur des skinheads grecs », nous dirons que c’est cette générosité qui place effectivement DW au-dessus de beaucoup. Être « royal » n’est-ce pas être généreux ? DW règne dans son domaine sans chercher à asservir son public. Si beaucoup acceptent d’être ses « sujets », les membres de sa « cour », ou ses groupies, comme on veut, c’est parce qu’il leur offre deux choses inestimables : le plaisir et la liberté. Ce que Spinoza, encore une fois, appellerait tout simplement de la Joie. Le souverain est celui dont le pouvoir est absolu, inconditionné, non relatif, en un mot : le plus haut. Et, comme chacun sait, il n’y a rien de plus haut, pour l’homme, que l’amour inconditionné. Celui d’un père pour ses « enfants », ses « tout petits » , par exemple. DW semble dégager pour son public un amour de cette sorte, plein de gratitude envers l’être aimé . Et c’est certainement ce qui lui donne sa dimension extraordinaire aux yeux de nombreux fans. Il a l’art de procurer de la joie avec des « chansons qui rendent heureux » , comme nous les aimons tous. Autrement dit, le pouvoir désintéressé de nous faire sourire et de nous rendre joyeux, que possèdent les Wampas, les couronne.

En guise de conclusion : Merci les Wampas !